Une compilation de ce virtuose des percussions qui était aussi un grand artiste-peintre. EXPLOSIF!
"Cet album est une courbe extraordinaire de ma carrière. Il y a les années 60, 70. Ce qui est formidable, c’est qu’il y a des titres que je n’avais plus écoutés depuis longtemps. C’est un collectionneur fou, Greg de Villanova, qui a proposé ce projet à la maison de disques Comet. Il a cédé sa collection pour faire l’inventaire de mes albums. Ils ont choisi eux–mêmes les morceaux qui pouvaient intéresser le public. Il y a beaucoup de titres qui ne sont pas là et que j’aurais voulu y voir. Mais bon, c’est fait". Henri Guedon
Né il y a soixante ans à Fort-de-France, Henri Guédon a été baigné toute sa jeunesse par les sons afro-caraïbéens. Il grandit en écoutant ces musiques diffusées par les radios ou lors de spectacles d’artistes cubains ou porto-ricains."La musique cubaine m’interpellait parce que c’était celle qui avait le plus d’africanité, avec la musique haïtienne. Mais elle avait beaucoup plus de métissage culturel, la dose de mélange était extraordinaire". A 15 ans, il commence à jouer toutes sortes de percussions et créeLa Contesta avec Paul Rosine et Michel Pacquit. Aux Antilles, les percussions sont alors associées à l’Afrique primitive et remplacées par des instruments jugés plus nobles comme le violon ou le piano. Quant à la musique cubaine, elle est mise à l’index, le Cuba révolutionnaire dérangeant le conformisme antillais. Guédon choque, plaçant sur scène ses percussions devant les autres instruments et augmentant les décibels.
Arrivé à Paris en 1964, l’artiste modernise la conception de la musique afro-cubaine, délaissant les anciens mambos et cha-cha-cha pour les descargas, guajiras et boogaloos importés en ligne droite de New York. C’est le New York Sound à Paris, inspiré de Tito Puente, Ray Baretto ou Mongo Santamaria. Pourtant, Guédon se considère comme un franc-tireur:"Personne ne s’intéressait à cette musique, on jouait pour le plaisir, on ne cherchait pas à faire de succès, ni de tubes. Même si j’ai fait un tube innocemment, Santan Boula".
En 1972, à l’occasion de l’album Cosmo-zoukqui rassemble quelques-uns des meilleurs musiciens de la scène latino-antillaise, il utilise le mot "zouk", qui était alors péjoratif, pour baptiser sa musique: "Les Antillais d’Amérique avaient trouvé le mot "salsa" au lieu de dire musique afro-cubaine. Et nous, pour englober la musique des Caraïbes, on l’a appelé "zouk". Depuis, ce mot a fait son chemin". Avec le début de la vague latino en France des années 80, Guédon est un des fers de lance de la scène parisienne lors de mémorables concerts à La Chapelle des Lombards. Artiste éclectique, il écrit en 1983 l’Opéra Triangulaire, un oratorio-jazz avec un orchestre symphonique, un big band et des choeurs. La même année, il reçoit le prix de l’Académie Charles Cros pour des contes musicaux avant de partir pour de longues tournées internationales. Par Pierre René-Worms - RFI Musique
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